Re: Du côté plume de l'histoire
mercredi 7 janvier 2015 18:55:47
Ecrit à l'instant dans mon bain, je le corrigerai peut-être plus tard :


Ce matin, en me réveillant, je me suis rendu compte que j'avais un gouffre dans la poitrine.
Comme ça. Mon cœur n'étais plus là.

Peut-être a-t-il fondu, maigri au point de disparaître à l’œil nu. Peut-être l'ai-je vomi, par inadvertance. Peut-être s'est-il fait la malle, tout simplement. Il en avait marre, d'être à l'étroit, d'être tout serré, et il est parti voir ailleurs s'il y était, en Chine, en Espagne. Peut-être l'ai-je vendu sur e-Bay, pourquoi pas ?
Ou bien je l'ai confié à un égoïste, qui l'a vomi, l'a envoyé voir ailleurs s'il y était, en Chine, en Espagne. Peut-être l'a-t-il fait fondre de larmes ou vendu sur e-Bay.
Trop mou pour te défendre, pauvre petit cœur. Je porterai ton deuil, je me vêtirai de noir et te pleurerai quand on t'évoquera. Si j'en ai le courage, je te ferai même une petite stèle, avec l'épitaphe « ci-gît un cœur si petit qu'il s'est volatilisé » et une ou deux violettes.

Aujourd'hui, en me réveillant, j'ai pleuré parce que mon cœur n'était plus là. C'est tellement bête, de pleurer pour ça. C'était ma faute, pourquoi l'avais-je égaré ? Comment peut-on égarer une chose pareille ?
Alors je suis allée sur tous les sites que je connaissais et j'ai posé mon annonce : « Recherche mon cœur, ayant pas mal servi mais au moins il fonctionne, ça me fait chier de le récupérer mais j'en ai besoin. » Pas de rançon, faut pas déconner non plus.

Aujourd'hui j'ai perdu mon cœur. Malgré tout, je prends conscience que je continue de vivre.

Il me faudra juste jouer un rôle. Faire comme s'il était encore là, comme si je ne l'avais pas vomi quelque part. Comme si j'étais encore capable d'éprouver le bonheur.
Re: Du côté plume de l'histoire
mercredi 7 janvier 2015 19:59:09
Beau...très beau.

Quelques détails à corriger, mais ça ne laisse pas de marbre.
Re: Du côté plume de l'histoire
mercredi 7 janvier 2015 20:17:18
Citation
Lenore
Alors je suis allée sur tous les sites que je connaissais et j'ai posé mon annonce : « Recherche mon cœur, ayant pas mal servi mais au moins il fonctionne, ça me fait chier de le récupérer mais j'en ai besoin. » Pas de rançon, faut pas déconner non plus.

J'ai bien aimé aussi, mais je trouve juste que dans ce passage la "vulgarité", avec "ça me fait chier" et "faut pas déconner" casse un peu avec le reste, et c'est un petit peu dommage. Mais c'était peut-être voulu, et ça reste un avis personnel :)
Re: Du côté plume de l'histoire
mercredi 7 janvier 2015 21:02:29
Je crois que c'est très parlant d'avoir utilisé ces termes, et perso, ça me rend plus réceptif au texte. Peut-être que ça décrit pas mal l'état dans lequel il a été écrit, ce qui le rend très humain pour moi.
Re: Du côté plume de l'histoire
mercredi 7 janvier 2015 21:07:25
Ben je trouvais justement qu'on arrivait à ressentir l'état de la personne juste avec du vocabulaire "normal", et que du coup rajouter ça n'était pas nécessaire.
Re: Du côté plume de l'histoire
mercredi 7 janvier 2015 23:01:25
J'ai toujours détesté écrire des lettres, mais t'as de la veine je vais m'y coller exprès pour toi.

On va passer les formalités classiques du genre "j'espère que tu vas bien, de mon coté tout baigne" si tu m'en veux pas. C'est sans doute la partie que j'aime le moins dans ce genre de prose.
Donc ça y est, je prends mon courage à deux mains et je me lance. Mais que te dire, on se côtoie depuis plusieurs mois déjà, alors que j'ai l'impression de te connaitre depuis seulement une semaine. Einstein avait pas du penser à ce genre de relativité du temps, tu crois pas ?

Donne moi une minute et je vais allumer une lampe, la nuit tombe tôt en cette saison, c'est pas possible. Et voilà, j'ai craqué et j'ai parlé de la météo, je suis incorrigible quand il s'agit de trouver un truc à dire. Mais bon, tu m'en voudras pas j'espère, d'autant plus que tu te moques de la météo, du calendrier et de l'actualité.
Heureusement que je suis là parfois, sans moi tu serais totalement déconnecté du monde et de ce qui nous entoure. D'ailleurs t'as eu le coup d'oeil la dernière fois, ce café est très bon faut que je te remercie.
Tu dois être en train de te dire "mais qu'est ce qu'il raconte lui encore, il a du forcer sur la bouteille, sa lettre est totalement nulle et vide de tout contenu". T'as pas vraiment tort, je viens de me relire, et pour l'instant ce que j'ai écrit sert à rien du tout.
Donc venons en au vif du sujet, qui comporte deux temps.

Le premier, c'est pour te dire que je t'emmène au cinéma et au restaurant demain ! J'ai réussi à trouver un job, et je pense que ça se fête. Faudra juste qu'on se décide ensemble pour le film, et qu'on trouve un resto qui pose pas de problèmes à ce qu'on dine en tête à tête. Je te parlerai de mon boulot en détail, même s'il est pas extraordinaire. Puis on se baladera sur les quais, en se disant qu'on adorerait embarquer ensemble sur un de ces chouettes navires qui sont amarrés afin de partir loin d'ici.
Voila, c'était ma petite surprise du moment, j'espère que tu vas l'apprécier.

Tu dois te demander ce que c'est que la deuxième partie. Elle tient en un mot, un tout petit mot.

Merci

Oui, merci à toi, pour tout ce que tu représentes pour moi. Cesse de gigoter comme ça voyons, je suis sincère. Y a personne avec qui je passe plus de temps, tu m'apaises je pense. Dans les moments où tu es avec moi, que je te sens contre moi, j'ai envie de te dire que tu es tout pour le pauvre type que je suis. Des personnes qui m'ont déçu y en a beaucoup, vraiment, mais toi jamais. Et je pense que ce sera jamais le cas. Quand j'ai posé ta photo sur mon bureau neuf ce matin, un de mes nouveaux collègues m'a demandé qui tu étais. J'ai répondu "Ma vie." et ils sont partis en se moquant. Mais sache que je t'aime, plus que tu ne le sauras jamais. Sans toi, ma vie serait entièrement noire, morne et malheureuse, mais tu es ce petit rayon de soleil qui éclaire tout.
Ah oui, c'est un peu cucu, je viens de m'en rendre compte, mais bon ça vient du coeur.

Ça doit faire 5 minutes que tu me fixes sans rien dire, pourvu que tu te doutes de rien. Quand je me relis, encore une fois, je me dis que vraiment j'aurais pas gagné un rond en tentant de vendre mes mots. Encore une veine que ce te soit réservé hein.
J'imagine déjà ta tête quand tu en découvriras le contenu, j'espère juste que je balbutierai pas trop en te la lisant, et que tu me jugeras pas. Faut dire aussi, c'est pas banal un homme qui écrit à son rat.
Re: Du côté plume de l'histoire
mercredi 7 janvier 2015 23:13:45
Putain la chute GG xD
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 06:51:04
Ahah, une ode à ton (tes ?) doudou <3

C'est gentil d'avoir bien aimé mon texte les gars, mais justement, j'ai bien conscience qu'il n'est pas assez "bien" pour être expoitable, encore moins éditable, donc voilà, aucun scrupule à le partager ici comme ça. C'était un état d'esprit du moment, je ne pense même pas le reprendre pour le corriger. Il restera avec ses imperfections.
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 08:46:31
Joli Fay...
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 09:42:05
Allez je tente une impro, ça risque d'être catastrophique :P



Je viens de franchir les hautes murailles qui protègent l'enceinte de cette prison de haute sécurité. Non, je ne suis pas menotté, destiné à être placé en cellule. Je suis ici en tant que visiteur, car en ces lieux résident quelques personnes que j'ai laissé croupir ici sans jamais leur donner de nouvelles, ni en prendre d'eux, et par curiosité, ou par correction, je ne le sais même pas, je me décide à leur accorder un peu de mon temps.

On m'indique un parloir et je m'y installe.

Immédiatement, s'assois en face de moi le premier d'entre eux. Il se nomme "regrets", et je ne sais même pas depuis combien de temps je l'ai fait enfermer en ces lieux, à perpétuité. Il me parle de toutes ces choses que je n'ai pas faites et qui auraient pu m'apporter énormément. De certains des mes talents que je n'ai pas exploités alors que j'aurais du, qui auraient pu me permettre de m'épanouir de manière saine. Des passions que je n'ai pas assouvies, par flemme ou parce que cela demandait une implication sur le long terme.

Bref, il me parle du passé, de manière peu élogieuse. Et je l'écoute. Je comprends ce qu'il me dit et je sais qu'il a raison, mais ses mots ne viennent à aucun moment toucher mon coeur. Je me contente d'écouter, passif, jusqu'à ce qu'il se taise et soit reconduit à sa cellule.

Le second prisonnier que je rencontre est le frère du premier. Celui-ci s'appelle "remords", et ses mots sont encore plus violents que ceux que j'ai entendus précédemment. Il m'accuse de centaines, et même de milliers d'actions que j'ai commises, en totale inadéquation avec l'éthique, et la morale la plus rudimentaire. Il me transmets aussi les paroles d'un ami à lui, "culpabilité", qui ne pourra pas venir car il est en cellule d'isolement total depuis des années. Il me parle ainsi de toutes les personnes, peu importe que je les aies haïes ou aimées à qui j'ai fait du mal dans ma vie avant de les balayer d'un revers de la main.

Encore une fois, je sais que ces paroles ne sont que vérité et pourtant, je m'en fous. Des noms de personnes victimes de mon insensibilité, ou de mon hypersensibilité, suivant les périodes, défilent, et je ne ressens rien en particulier. Ils appartiennent tous au passé, une époque révolue.


Il s'en va donc déçu, de n'avoir pas réussi à me faire ouvrir mon coeur, lui non plus et la personne suivante s'approche du parloir à son tour. Il s'agit de "peur". Cette fois, c'est quelqu'un qui est là non pas pour me rabâcher sur le passé, mais m'avertir sur l'avenir. Il me parle des quantités de substances toxiques que je consomme, de mon je m'en foutisme qui me pousse à me ruiner la santé par manque de sommeil et d'aliments sains. Il s'inquiète que mon comportement actuelle me pousse à perdre un jour travail, santé et amis, et qu'il ne reste plus que des cendres de ma vie.

Finalement, il est encore plus barbant à écouter que ceux qui ressassaient le passé. Comme si je ne savais pas qu'il a raison. Mais si je l'écoutais, j'arrêterais de vivre car je ne veux pas changer de comportement, sans quoi je ne serais plus moi même.

Enfin, le dernier arrivé s'installe. Celui-ci est particulier. Il lui arrive régulièrement d'avoir des permissions pour bonne conduite et de sortir de ces murs, mais toujours il rechute. Il est multi récidiviste et se nomme "espoir". Lui aussi est là pour me parler du futur, mais en des termes bien plus optimistes. Mais je connais son discours. A chaque fois qu'il a une conditionnelle, il vient me le répéter encore une fois.

Il me parle de tout ce que je pourrais développer dans ma vie, tant au niveau professionnel que personnel. Il récite les noms de personnes qui selon lui ne m'abandonneront jamais, les opportunités que je peux avoir si je m'en donne les moyens, la vie que je pourrais mener si je me démène pour l'obtenir. Il me rappelle quand même qu'on a rien sans rien et que la balle est dans mon camp, que je dois tendre la main, aussi loin que possible pour attraper, conserver et développer ce que la vie a à offrir.

Mais je le connais bien. Il parle toujours de l'avenir, mais ne le connaît pas lui non plus, aussi je l'interrompt et lui précise que je vais arrêter là et m'en aller.

"Tu ne peux pas t'en aller", me réponds-t-il. " Tu es enfermé ici, tu te souviens ? Et c'est nous, tes visiteurs, que tu refuses à chaque fois d'écouter, alors que nous pourrions t'aider à sortir de cette prison où tu es incarcéré et qu'on appelle .... le présent."

Ca me revient. régulièrement, ils viennent essayer de me faire sortir, ils ne veulent pas me priver du présent, mais m'offrir un monde dans lequel j'aurais passé, présent et avenir ... peut être une autre fois, les écouterai-je. Mais aujourd'hui, je suis bien, dans cette prison.

Modifié 2 fois. Dernière modification le 08/01/15 10:39 par Original Sin.
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 09:57:35
Ca fait plaisir de vous lire, vraiment, il y a de tout, c'est touchant de passer d'une émotion à l'autre...
Globalement quand même on dirait qu'on est un peu tristes en ce moment.
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 10:35:09
Rien de plus à ajouter à ce que Roger à dit, tout est plaisant à lire.

Modifié 1 fois. Dernière modification le 08/01/15 10:36 par Volgaxe.
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 10:36:11
Edit. erreur

Modifié 1 fois. Dernière modification le 08/01/15 10:36 par Volgaxe.
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 11:04:22
Eh ben... J'ai fini par me demander si j'étais pas un peu trop sensible ces jours-ci à être aussi touchée par ces textes, mais je suis allée faire un tour sur les écrits d'un autre forum et non, je confirme, vous êtes vraiment impressionnants comme gens. Bravo à tous.
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 11:42:17
Ori, c'est vraiment bien ce que tu as écrit.
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 13:11:33
C'est très ORIginal (loooooooooooooooooooooooooooooool), bien joué l'animal !
Re: Du côté plume de l'histoire
jeudi 8 janvier 2015 13:18:09
J'ai beaucoup aimé.

Le texte de Lenore aussi d'ailleurs. Les termes "vulgaires" ne m'ont pas dérangée - alors que je n'apprécie pas forcément ça dans ce que je lis - dans le contexte ça donne une certaine oralité, de la vie au texte.

Fay j'ai aimé aussi, mais la chute bien que très bonne me perturbe, j'ai vraiment l'impression d'avoir déjà vu quelque chose de semblable x).
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 01:06:33
Vous m'avez motivée à finir ce que j'avais début hier :

Le joueur de bonneteau :

Il jouait au bonneteau. D’une main vive il mélangeait les coques, accélérant la cadence sous le regard effaré des passants. Il savait toujours avec assurance où se cachait la perle tant convoitée et s’amusait de la détresse de ses spectateurs, incapables de suivre son mouvement.

Il amassait ainsi les pièces, la petite monnaie par ce jeu qu’il aimait tant. Il avait un travail pourtant, une femme, des enfants. Cela ne suffisait pas. Dès que la cloche claironnait la fin de la journée, il quittait ses vêtements d’homme affairé et revêtait ceux du joueur. Un manteau ample, de simples mocassins, le tout surmonté d’un borsalino entouré d’un ruban rouge, son signe distinctif. Cet accoutrement atypique, comme un déguisement, le faisait devenir un tout autre homme. Celui qu’il était réellement. Et tandis qu’il dépliait son petit stand, alignant les coques de bois, il haranguait joyeusement la foule de la petite place, fier de ce rôle qui n’en était pas un.

La neige pouvait bien s’amasser sur le bout de ses pieds et le bord de son chapeau, il ne s’en souciait guère. Il était heureux ainsi, libre d’être celui qu’il voulait, libre de ne pas sentir le froid qui pourtant saisissait les passants. Nombre de ses amis auraient pu le considérer comme insensé. Ils ignoraient cependant ce petit rituel qui prenait place tous les jours, le soir venu.

Il ne détestait pas son travail, sa femme, ses enfants. Il ressentait seulement le besoin de s’évader de temps en temps, de retrouver sa propre bulle isolée du bourdonnement des autres. Il refusait que la passion se transforme en chaînes, en de nouvelles obligations du monde adulte. C’était sa façon bien à lui de se sentir vivant, de retrouver l’enfant perdu qui sommeillait le jour durant.

On le confondait parfois avec un vagabond. Il ne s’offusquait pas de cette méprise, ayant apprit à les côtoyer sur cette même petite place pavée. Il connaissait leurs noms, leurs histoires, il écoutait leurs états d’âme. Et quand venait la fin de ses tours de passe-passe, il repliait son petit stand, enveloppait les coques soigneusement dans un beau chiffon, puis, plutôt que d’enfermer les petites pièces dans une poche, les laissait là, pour eux.

Il ne faisait rien de mal, ce petit joueur de bonneteau. Il aimait simplement, presque candidement, ce qu’il faisait. Et pourtant un soir, on ne le vit pas. Puis le soir d’après, et le suivant encore, et le troisième également, et ce pendant toute une semaine. Il ne venait plus. On commença à s’inquiéter. Où donc était passé le joueur, cet ami de la place entière ? On laissa un peu de temps passer, attendant qu’il revienne. Puis, ne voyant toujours pas l’ombre d’un manteau, les vagabonds commencèrent à chercher et à questionner au sujet de celui qui avait su les comprendre.

Ce n’est que quelques mois plus tard qu’on le retrouva. Il n’était pas allé loin pourtant. Un soir, alors qu’il avait terminé de jouer et rangeait son petit stand, les képis étaient venu le trouver. Il n’avait pas le droit d’être là, qu’ils disaient. Le petit joueur pareil à lui-même avait hoché la tête et s’en était allé. Mais on ne pouvait interdire au joueur de jouer, on ne pouvait pas le priver de sa bulle, de sa liberté.

Il jouait au bonneteau. D’une main vive il mélangeait les coques. Il avait trouvé une nouvelle place, non loin de la première et c’était devant des spectateurs effarés qu’il dévoilait encore et toujours la petite perle blanche, bien dissimulée.
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 01:14:39
J'ai hésité longtemps avant de poster. Bref ça plait ou ça plait pas après tout. Attention à vos rétines ça risque de piquer un peu mais vous avez l'habitude.

Encore un samedi.

" Tais toi tu ne comprend rien et tu parles trop ! " Tu as claqué la porte encore une fois, tous les samedis c'est la même chose. On se lève, on se regarde, je te dégoûte, on se dispute, tu claques la porte.
Je sais que tu l'aimes. Je sais que tu me trompes avec elle. Il y en a d'autres c'est ça ? Mary.D n'est pas la seule ? Caroline et Hélène sont de la partie elles aussi ? Qu'est ce qu'elles ont de plus que moi ?
Tu rentres on parle, comme tous les samedis. Sauf que maintenant tu as le sourire et que moi je pleure encore une fois. Tu t'en fiche on est samedi.
On se parle pas, on se regarde à peine, c'est l'heure de partir.
On est obligé de sourire ? Alors on sourit. J'ai l'impression de le cautionner, de le tolérer. Toi et tes filles.
On était pourtant belles ensemble.
C'est l'euphorie. Je le comprend toujours pas, mais c'est vrai on est samedi. Je reste la assise, sans mot dire, mais dans le fond c'est vous que je maudis. Ca y est tu l'as vu... Mary.D. Tu l'as goûtée, j'ai rien fais pour t'en empêcher. Tu me souris bêtement et tu me lâche avec dédain un petit "Quoi ? Vas y parle.".
Il faut que je reste calme, mais c'est trop, trop pour moi.
" Tu as laissé Mary.D entrer dans ta vie, comme tu laisserai la syphilis entrer dans ton lit. Elle te laisse un goût amer dans la bouche et tu n'imagines même pas à quel point elle me touche. Mary.D a fait de toi une de ses adepte. Elle t'aime comme son propre enfant et toi tu l'adules encore et encore. Tu ne penses qu'à elle et tu n'imagines plus ta vie sans elle. Elle t'as rendu accroc et tu n'en décroche pas. Elle me fait mal et tu ne l'envisage même pas. Te séparer d'elle c'est impensable. Tout détruire et ne rien recommencer. Elle t'as prit ta vie et à tuée la mienne."
Tu ne me répond pas, tu te contente seulement de me sourire. Tu hausses les épaules et t'es déjà repartis. Il est temps de voir Caroline.
C'est samedi soir, il parait que la vie est belle.
T'aurai pu te contenter de Marie Jane.
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 09:09:25
Elles sont belles vos histoires, ça donne envie de s'y (re)mettre.
Faudrait juste que je fasse l'effort d'écrire un truc un peu plus joyeux, on va tous finir au bout d'une corde à ce rythme... :D
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 09:11:52
Ah ça, s'enticher de Mary.D, ya de quoi faire grincer les dents :-)
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 10:34:55
C'est super bien amené Tssuko :)
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 11:09:49
Azaëlë c'était très bon. J'ai beaucoup apprécié, vraiment.

Tssuko y'a des trucs que je n'ai pas compris, et ca me fait trop écho avec des évènements persos qui me laissent pantois, ca me ferait plaisir d'échanger avec toi sur le sujet. C'est touchant en tout cas.
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 18:56:17
Pour continuer dans l'état d'esprit hyper joyeux de tous...




Mon frère se tourne vers moi et me prend la main pour traverser la rue, comme on le fait toujours quand on est dans la rue sans Maman. Aujourd'hui on devait aller au parc mais son chef l'a appelé et lui a dit de s'occuper d'une mamie qui était beaucoup malade et qui pouvait pas attendre alors elle est partie tout de suite. Elle avait l'air très triste de pas venir avec nous mais elle nous a quand même dit d'y aller sans elle, parce qu'elle ne voulait pas qu'on reste toute l'après-midi dans la maison sinon on allait être infernaux, elle nous connaît. Et puis au parc, au moins, on a nos copains alors que dans notre jardin, ben on est tous seuls. En plus la balançoire est cassée alors on peut pas en faire, c'est moins drôle et Maman dit que c'est dangereux pour nous.

Du coup on va au parc comme des grands ! Mon frère doit bien me surveiller et moi je dois être sage, je l'ai promis à Maman. Elle me regardait avec ses yeux très sérieux, agenouillée pour ne pas être plus grande que moi, et elle m'a bien répété de ne pas faire de bêtise et de ne pas sortir du parc sans mon frère. Je lui ai dit que j'étais plus un bébé et que j'étais grande et que je ferais attention alors elle m'a embrassée sur le front et elle s'est relevée. Elle nous a encore donné des consignes et après elle est partie.

Mon frère ouvre le portail du parc et le referme bien derrière nous pour que les petits enfants ne puissent pas sortir sans leur maman, sinon ils vont se perdre. Dès qu'il voit ses copains, il part avec eux pour jouer au foot. J'aimerais bien jouer avec eux mais ils veulent parce que ils disent que je suis trop petite et que les filles ça peut pas jouer au foot. Je sais que c'est pas vrai parce que j'ai vu des filles jouer au foot une fois à la télé mais eux ils veulent pas me croire du coup ils veulent pas de moi quand même.

Martin me dit d'aller jouer avec les filles à côté du toboggan mais elles sont trop petites, c'est presque des bébés, c'est nul de jouer avec elles. Alors je vais toute seule sur un banc et je compte les feuilles du buisson derrière moi. J'en arrache une mais je me rappelle que Maman me gronde quand je fais ça, elle dit que c'est comme si on m'arrachait les cheveux, ça fait mal. Alors je laisse vite tomber la feuille et heureusement, mon frère m'a pas vue, il pourra pas rapporter à Maman et je ne serai pas grondée.

C'est quand même drôle de faire une bêtise sans que personne le voit. Pas une très grosse bêtise hein, juste une toute petite... Et puis Maman ne m'a pas dit de pas arracher les feuilles alors c'est pas trop grave. J'en prends une autre que je laisse tomber par terre. Comme y a un peu de vent, elle tourbillonne avant de se poser par terre, c'est trop chouette. Je refais la même chose et la feuille tombe sur un truc bizarre. On dirait une chaussette mais normalement c'est pas par terre les chaussettes.

Je me penche pour la ramasser mais elle s'enfuit comme si elle était vivante et j'entends un miaulement... C'est un chat ! Je le vois à travers les branches ! Il est trop mignon, un peu petit mais c'est pas un bébé. Tout comme moi ! Je me baisse et me glisse dans le buisson pour essayer de l'attraper mais il s'en va alors je suis obligée d'aller toute entière dans le buisson. Il est juste devant moi, il me voit mais quand j'avance la main il passe par un petit trou dans le grillage du parc.

J'ai un peu de mal à passer par le même trou, il est pas très grand mais j'y arrive quand même, même si je crois que j'ai un peu abîmé mes vêtements. Maman ne sera pas contente... Le chat miaule encore et il s'approche de moi avant de repartir vite vite vite. Je le suis en courant, ça me fait rire, il est vraiment trop mignon ! J'arrive devant un passage piéton et je m'arrête parce que le petit bonhomme il est rouge donc c'est aux voitures de traverser et pas nous, mais le petit chat il le sait pas ça, alors il passe quand même...

******


Un cri retentit et résonne dans toute la rue. Une petite fille, inconsciente du danger, se précipite au milieu de la route malgré les voitures et tombe à genoux devant un petit corps. Elle le prend dans ses bras, le serre fort contre elle et pleure à chaudes larmes en essayant de le réveiller. Peine perdue, il reste désespérément immobile. Elle salit ses vêtements, ses mains, avec un liquide poisseux bien vite dilué par ses larmes. Ses épaules sont secouées de violents sanglots, elle a du mal à respirer, comme si une main invisible serrait sa poitrine jusqu'à l'étouffer.

Personne ne s'arrête. Les quelques voitures la contournent, klaxonnent parfois. Ils ne comprennent pas, ils ne comprennent rien. Ils ont perdu leur âme d'enfant.

La rue redevient déserte et silencieuse.
Re: Du côté plume de l'histoire
vendredi 9 janvier 2015 19:02:10
Ca a un potentiel très fort ce que tu as écrit là Xaïl, vraiment. Y'a un ou deux passages ou je ne suis pas d'accord avec le vocabulaire employé, mais c'est émouvant quoi qu'il en soit.